De mon côté, j’ai accumulé au fil des années plusieurs centaines d’expériences d’exploration en états modifiés de conscience, principalement avec des substances, mais pas seulement. J’ai aussi exploré pas mal de pratiques qui permettent d’atteindre ces états de manière naturelle, comme la méditation profonde, le yoga kundalini, ou encore la thérapie de la chambre noire, qui est une expérience vraiment particulière en soi. Tout ça, je ne l’ai pas fait en un jour. Ça s’est étalé sur une dizaine d’années, et avec le temps, j’ai pu observer une évolution assez claire dans ma manière de vivre ces expériences.
Au tout début, quand j’ai commencé à plonger là-dedans, la majorité de mes trips se faisaient en groupe, avec des amis, des connaissances, parfois même des inconnus dans des contextes un peu “rituels” ou festifs. Et je pense que c’est assez normal : quand on débute, on a besoin de repères, de soutien. On n’a pas encore les outils pour gérer tout ce qui peut surgir, donc on cherche naturellement la présence des autres, cette forme de sécurité. Et franchement, ça peut tout changer d’être bien entouré. Mais l’inverse est aussi vrai : triper avec les mauvaises personnes, c’est une expérience particulièrement désagréable. Je déconseille ça à tout le monde. C’est pas juste inconfortable, ça peut vraiment gâcher une expérience, voire laisser des traces négatives.
Au fil du temps, j’ai remarqué que mes explorations devenaient de plus en plus solitaires. Non pas par rejet des autres, mais plutôt parce que plus j’avançais, plus je sentais que ce chemin devenait personnel, intérieur, presque intime. Et aussi, disons-le franchement, plus on va loin dans ce type d’exploration, moins on trouve de gens qui sont vraiment sur la même longueur d’onde, sur ce chemin de l’exploration de l’âme. Il y a une sorte de distance qui s’installe, naturellement. Et je pense que c’est une bonne chose. Parce qu’en fait, toutes ces expériences qu’on fait au début avec d’autres, elles nous servent à construire des outils : savoir reconnaître et gérer une montée difficile, apprendre à se recentrer, sortir d’une boucle mentale, sentir quand il faut lâcher prise… Et une fois qu’on a ça, à ce moment, on peut plonger seul sans se perdre. On est mieux équipé.
Ce n’est pas que l’un est meilleur que l’autre, groupe ou solo. C’est juste que ce sont des étapes différentes dans un parcours. Et dans mon cas, la solitude est devenue un espace d’approfondissement, de clarté, de sincérité. Un espace où je peux vraiment écouter ce qui se passe, sans distraction, sans masque, sans compromis.
Aujourd’hui, après toutes ces années d’exploration, je me rends compte que c’est vraiment en solitaire que je plonge le plus profondément. Quand je suis seul, je peux complètement m’abandonner à l’expérience, corps et âme, vraiment aller au bout du terrier du lapin blanc. Il n’y a plus de filtres, plus de rôles à jouer, plus de distractions extérieures. Juste moi, face à ce que l’expérience m’amène, quelle que soit sa forme. C’est dans ces moments-là que les choses les plus puissantes émergent, les compréhensions les plus fines, les introspections les plus vraies.
À l’inverse, quand je me retrouve dans un cadre plus social, que ce soit avec des amis ou dans des contextes un peu plus ouverts, je tends à rester sur des doses légères. Je garde les pieds sur terre, en quelque sorte. Et dans ces moments-là, j’aime bien jouer ce rôle de “trip sitter”, ou disons de guide. C’est quelque chose que j’apprécie, accompagner les autres, leur offrir un espace un peu plus sûr, être là s’il se passe quelque chose. Mais pour pouvoir faire ça correctement, je préfère rester dans un état où je suis encore suffisamment présent, lucide. Parce qu’à partir d’un certain seuil de dosage, ce n’est plus possible. Je pars trop loin dans mon propre voyage, je perds le lien avec l’extérieur, et là, si quelqu’un a besoin d’aide, je ne suis plus capable d’être ce soutien. Et ça peut devenir problématique.
Du coup, j’ai appris à faire la part des choses. Il y a des moments pour explorer en profondeur, seul, avec intensité. Et d’autres pour être avec les autres, dans une dynamique plus douce, plus légère, parfois plus festive aussi, sans aller trop loin. Ce sont deux types d’expériences très différentes, mais complémentaires. L’un nourrit l’autre, d’une certaine façon. Mais si je devais choisir, c’est clairement dans la solitude que les choses les plus profondes se passent pour moi.
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