Quand on parle de tripsitting, l’une des premières choses à comprendre c’est le rôle absolument central du mindset. L’état d’esprit. Le terrain intérieur. C’est l’une des trois clés du fameux trio cité par Frederike Fischer Meckel : Set, Setting & Dosage. L’état mental (set), l’environnement extérieur (setting), et la quantité (dosage). Trois points fondamentaux pour comprendre ce qui va se jouer dans une expérience psychédélique.
Le Set
Avant même que quoi que ce soit ne commence, il faut prendre un moment pour faire le point avec le voyageur en lui posant des questions : Comment te sens-tu ? Quelles sont tes intentions ? Est-ce que tu traverses une période émotionnellement instable ? Est-ce que tu viens chercher des réponses, de l’apaisement, une fuite, une guérison ? Il n’y a pas de bonne ou de mauvaise réponse mais ce sont des questions à poser avec honnêteté.
Parce que les psychédéliques ne mentent pas. Ils amplifient. Ils reflètent. Une toute petite dose peut devenir un ouragan pour quelqu’un en détresse. Et à l’inverse, une haute dose peut se traverser avec simplicité si la personne est intérieurement paisible.
Et toi, en tant que tripsitter, tu es le stabilisateur du navire. Ce que tu apportes, ce n’est pas un protocole, c’est ton état d’être. Si tu es inquiet, stressé, dispersé, l’autre le ressentira. Même s’il ne peut pas mettre des mots dessus, il le captera.
Les témoignages sont clairs : les moments où les participants partent en vrille émotionnelle sont souvent ceux où le guide, lui-même, a montré des signes d’angoisse ou de doute. À l’inverse, un tripsitter calme, posé, confiant, offre une sorte de filet invisible qui permet à la personne de lâcher prise.
L’idéal, c’est un état intérieur proche de la méditation. Tu n’es pas là pour diriger, ni pour juger. Tu es là pour offrir un climat de confiance totale. Un espace dans lequel l’autre peut se dire : « Peu importe ce qui se passe, je suis en sécurité. Je suis soutenu. »
Le mindset, c’est donc un travail à double sens : celui de la personne qui va plonger, et celui de la personne qui va veiller.
Le Dosage
Il y a une chose simple, mais essentielle : il est beaucoup plus pertinent d’avoir un tripsitter qui a lui-même déjà expérimenté les psychédéliques.
Cela dit, on ne vit pas dans un monde idéal. Et parfois, il n’y a pas de guide expérimenté dans les parages. Alors on fait avec ce qu’on a. Et même là, ce qui compte, c’est surtout la qualité de présence : quelqu’un de calme, posé, qui ne va pas paniquer à la première phrase délirante. Parfois, ça peut être aussi simple qu’un parent bienveillant dans la pièce d’à côté, un pote sobre dans le salon, ou même un voisin au courant de ce qui se passe. Le tripsitting, c’est d’abord une présence rassurante, pas forcément un chaman.
Dans notre monde actuel il n’y a pas beaucoup d’individus pouvant apporter une vraie guidance lors d’un trip psychédélique, c’est pour ça que j’ai mis au point le Guide Audio de Mort Renaissance, qui pendant 12 heures guide l’individu au travers du processus le plus profond du trip psychédélique, celui de la mort de l’ego et de la renaissance. Il est bien sûr préférable d’avoir un Tripsitter en cas de problème, mais pour la guidance, mon outil me semble parfait.
La dose change tout. Une dose légère, c’est une exploration. Une dose forte, c’est une traversée. Ce ne sont pas les mêmes enjeux, pas les mêmes besoins, pas le même type de guide. Quelqu’un peut très bien vivre une petite dose avec un tripsitter sans aucune expérience. Mais pour une expérience à haute intensité, de type mort de l’ego, il vaut mieux être accompagné par une personne qui a déjà visité ces contrées.
Et puis il y a une autre variable qu’on évoque peu : le dosage du tripsitter lui-même. Il y a plusieurs écoles. Certains préfèrent rester totalement sobres. D’autres prennent une microdose, par exemple, 5 à 15 microgrammes de LSD. À ce niveau-là, tu restes maître de toi.
Un tripsitter peut aussi prendre environ un tiers de la dose du trippeur. Si la personne prend 150 µg de LSD, son guide peut en prendre 50 µg. Ce dosage permet d’être à la fois dans la même ambiance vibratoire, mais encore capable de gérer, d’ancrer, de répondre s’il y a une situation. C’est un peu comme avoir un pied sur terre, et l’autre qui flotte doucement.
Avec les empathogènes (comme la MDMA ou le 6-APB), c’est encore différent. Le risque de panique est plus bas, les émotions sont généralement plus fluides, plus contenues, et donc, le besoin d’un guide sobre est un peu moins impératif. Dans ces cas-là, le tripsitter peut avoir une dose proche des deux tiers du participant, proportionnellement au poids, sans que ce soit problématique. Mais encore une fois : tout dépend du contexte, de la stabilité émotionnelle de chacun, et de la relation de confiance.
Le Setting
Le setting, c’est l’environnement physique dans lequel se déroule le trip. Dans un environnement bien pensé, chaleureux, rassurant, peut permettre de traverser même les moments les plus intenses avec grâce.
L’idéal, c’est un endroit où vous avez la main sur ce qui se passe. Si vous êtes en nature, choisissez un coin reculé, paisible, familier si possible. Ce qui compte, c’est qu’il y ait intimité, sécurité, et possibilité de se replier si besoin.
À l’intérieur, un appartement calme fait très bien l’affaire avec une logistique simple mais essentielle :
Chaque personne devrait avoir un espace pour s’allonger. Un vrai lit, ou à défaut, un matelas improvisé avec un tapis de yoga, une couverture, un drap. C’est une base qui peut faire toute la différence à un moment d’intensité.
Pensez à avoir assez d’eau, quelques encas, fruits secs ou petits snacks digestes pour les heures qui suivent.
Et surtout… mode avion sur les téléphones.
Parce qu’un appel en plein trip, c’est un vrai sabotage. Même un message peut avoir l’air apocalyptique sous LSD. Et même si vous êtes là, présent, à côté, la personne qui reçoit l’appel peut être instantanément aspirée ailleurs. Vous perdez la connexion, vous perdez l’espace sacré du moment. Ça a l’air anodin, mais c’est une des causes classiques de bad trip évitable.
Un autre point souvent sous-estimé : la musique. Préparer une playlist à l’avance, c’est un vrai outil de navigation. Et idéalement, cette sélection devrait être faite ensemble, entre le tripsitter et le tripper. Des musiques profondes, rassurantes, enveloppantes, voilà ce qui accompagne vraiment un voyage intérieur. Je vous invite a voir l’article d’Eliacide sur le sujet.
Dans le monde récréatif, il y a aussi des trips qui se passent en festival. C’est une ambiance complètement différente. Et dans ce type de contexte, le rôle du tripsitter devient très actif. Ce n’est plus juste de veiller : c’est littéralement de tenir la main, parfois au sens propre. Il faut être hyper attentif, repérer à l’avance des zones calmes pour se poser, des points de repli si l’ambiance devient trop chaotique.
En résumé : le setting, ce n’est pas juste une question de confort matériel. C’est un cadre qui conditionne le voyage. Et comme dans tout bon voyage, plus le vaisseau est stable, plus on peut lâcher prise et partir loin.
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