La première chose qui ressort quand je repense à mes expériences, c’est la pesanteur corporelle. Contrairement à certains psychédéliques qui donnent l’impression de flotter, le LSA m’a souvent semblé ancré dans le corps, comme si tout passait par une matière lourde. Cette sensation peut être contemplative, presque lente, mais elle devient vite contraignante quand s’ajoutent la nausée et les maux d’estomac. J’ai un souvenir précis d’une prise de seulement 3 graines de HBW où j’avais mangé une pizza peu après, et la journée a viré au vomissement répété, ce qui a franchement tout ruiné. Ces moments rappellent que l’expérience n’est pas seulement mentale, elle est aussi profondément physique et on a tendance à l’oublier.
Sur le plan mental, les trip au LSA que j’ai vécu sont plutôt sédatif et introspectif. Ce n’est pas le type de voyage qui te catapulte dans un kaléidoscope coloré en permanence. Les visuels existent, parfois proches des lysergiques, mais souvent ils sont tamisés par une couche de somnolence. Parfois j’avais l’impression d’être à mi-chemin entre un trip de champignons et un état très sédaté, un peu comme ce que j’avais décrit dans mon article sur le 2C-C. Le rythme mental est plus lent, par contre ça n’empeches pas que parfois les idées tournent en boucle, et la réflexion peut devenir morne ou mélancolique plutôt que joyeuse.
Je reconnais avoir vécu aussi des expériences moins intenses, où la profondeur n’était pas au rendez-vous. Dans ces cas-là, l’ensemble reste surtout une altération douce de la perception, pas une révélation métaphysique. Je pense que pour atteindre des niveaux vraiment profonds, il faut franchir une barrière où le body load et la nausée deviennent conséquents, et là tout se complique. Beaucoup d’expériences puissantes que j’ai lues ou entendues semblaient arriver quand le corps avait déjà beaucoup donné, ce qui transforme la session en quelque chose d’exigeant plus que de libérateur.
Je me rappelle d’un trip étrange. C’était un après-midi calme, dehors près d’un pré, la lumière douce, et l’idée était de regarder et sentir plutôt que de faire quelque chose de spectaculaire. Progressivement, une tension a monté dans le corps, d’abord subtile, puis plus nette. La nausée est arrivée comme un filtre, rendant chaque mouvement et chaque pensée plus lourds. Malgré cela, certaines images intérieures se sont imprimées avec une clarté étonnante : motifs lumineux, sensations d’unité, et une sorte de merveille enfantine face au monde. Ce mélange d’éblouissement et d’inconfort a rendu l’expérience ambivalente.
La musique, les films choisis et l’état émotionnel ont modelé le voyage. Par moments, la musique a poussé vers un émerveillement profond, d’autres fois la sensation de lourdeur physique a transformé l’ouverture en siège d’angoisse. Cela montre que le LSA peut être à la fois ouvrant et exigeant, selon la scène qui entoure la prise.
La leçon principale que j’en tire est simple et répétée dans beaucoup de rapports : l’expérience peut offrir des aperçus puissants, mais elle peut aussi être gâchée par le bodyload et la nausée. Certaines prises que j’ai lues et entendues ont été très révélatrices, mais elles semblaient souvent surgir quand la personne avait déjà traversé un inconfort marqué. En clair, la valeur possible de l’expérience ne supprime pas la réalité du coût corporel.
Un autre aspect important de mes expériences, c’est la variabilité selon la source. Parfois les graines m’ont donné un trip relativement calme, parfois la même quantité m’a foutu un mal de mer et une lourdeur insupportable. Ça renforce l’idée que le LSA est imprévisible : la même plante peut changer selon le lot, et la réaction dépend beaucoup de ton état de départ, de ton sommeil et de ta sensibilité physique. Pour moi, ces différences ont fait que certaines prises étaient riches en nuances, d’autres simplement pénibles.
Enfin, ce que je retiens surtout, c’est la nécessité d’une lecture honnête : le LSA est à la fois végétal et chimique, intrigant et il ne pardonne pas. Il offre des portes, mais pas toujours des fenêtres. Quand ça marche, c’est pour des moments calmes, contemplatifs et un peu sombres. Quand ça foire, c’est pour des journées gâchées par la nausée et la fatigue. Je préfère garder cette ambivalence sur la table plutôt que de peindre l’expérience en couleurs uniformes.
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