Au fil des dix dernières années, j’ai expérimenté le microdosing avec un grand nombre de molécules. Il y a eu des périodes où je restais longtemps avec la même substance, d’autres où je testais différentes molécules, et aussi des moments où le microdosing était plus ponctuel, sans suivre un protocole strict ou répétitif.
Ce que j’ai compris à travers toutes ces expériences, c’est que chaque molécule a sa propre “personnalité”, et s’adapte mieux à certains contextes ou à certaines intentions. Par exemple, le LSD, en microdose, a une action très longue. Cette durée peut rendre l’expérience un peu lourde ou trop intense, surtout si elle est répétée plusieurs fois par semaine, sur le long terme, à des dosages classiques.
Mais en expérimentant, j’ai découvert que des dosages bien plus faibles que ceux habituellement conseillés, entre 1 et 3 microgrammes, me conviennent beaucoup mieux. À ce niveau, je percevais un changement subtil, une sensation différente, sans pour autant être submergé. Étant hypersensible, les doses autour de 20 microgrammes, que certains considèrent encore comme du microdosing, s’approchent pour moi d’un mini-trip. Et souvent, je me retrouvais dans cet entre-deux un peu inconfortable, à me dire : “j’aurais peut-être dû prendre le double et vivre un vrai trip”, plutôt que d’être coincé à mi-chemin.
Concernant les champignons, j’ai suivi pendant une longue période le protocole de Paul Stamets, j’en ai même fait une vidéo. J’ai beaucoup aimé cette méthode : microdoser plusieurs jours d’affilée avec une molécule dont les effets ne durent pas aussi longtemps que ceux du LSD m’a permis de vivre des moments profonds et riches, notamment pour la méditation ou l’écriture. Puis, les deux ou trois jours de pause suivants apportent une sensation de rééquilibrage, avant de replonger dans l’expérience.
Enfin, l’ajout du lion’s mane, comme le recommande Stamets, m’a semblé particulièrement pertinent. Ce champignon pourrait vraiment amplifier les effets de neurogenèse et enrichir le travail intérieur qui accompagne le microdosing.
En plus d’amplifier significativement la concentration, ce qui est particulièrement intéressant pendant une période de microdosing, où l’on cherche justement à voir les choses avec plus de clarté, ces effets subtils ouvrent un espace propice à l’introspection, à la créativité et à une meilleure présence dans l’instant.
J’ai souvent pratiqué le microdosage de mescaline en découpant de petits morceaux de Trichocereus pachanoi (San Pedro). Avec le San Pedro, on peut vraiment jouer sur les dosages : parfois j’arrachais une épine du cactus, je l’enfonce dans sa chair pour en prendre son « sang », puis je léchais délicatement l’épine. Quand on blesse le cactus, quand on le pique, quand on l’assèche et quand on le met à l’obscurité, il stresse et augmente naturellement son taux de mescaline, ce qui amplifie l’effet.
Il m’est aussi arrivé de prendre des doses plus élevées en taillant une bonne tranche de cactus, jusqu’à flirter avec un trip de basse intensité. Les effets durent très longtemps, souvent jusqu’à quatorze heures, et je prenais ma dose au réveil pour sentir monter l’énergie dès le matin. Je sortais alors me balader dans les parcs ou en forêt, connecté à la nature, car si je restais enfermé j’avais l’impression d’étouffer. Contrairement aux micro-doses de LSD ou de champignons qui peuvent me rendre hypersensible et parfois me submerger en extérieur, le cactus me procure une énergie très physique, un confort social inattendu et une aisance dans les situations qui pourraient être stressantes.
Le microdosage de cactus reste mon préféré, même si je l’utilise moins souvent que le LSD ou les champignons pour vivre un trip complet. C’est vraiment celui avec lequel je me sens le plus « en phase », c’est mon petit chouchou.
Par rapport aux autres molécules on retrouve des effets équivalents : le LSD a ses analogues (1P-LSD, ETH-LAD, AL-LAD) qui offrent des nuances subtiles, les tryptamines classiques (4-ACO-DMT, 4-HO-MET) se rapprochent du champignon, et la famille des 2C-X évoque celle de la mescaline avec surtout des différences de durée,par exemple le 2C-B agit en moyenne trois fois moins longtemps que la mescaline.
Plus rares en microdosing, la salvia, la DMT ou la 5-MeO-DMT méritent pourtant qu’on s’y intéresse.
La 5-MeO-DMT est souvent vécue comme une substance de retraite chamanique, prise une ou deux fois à forte dose pour une expérience transformatrice, mais elle peut se maîtriser en petites quantités. J’ai souvent fumé 1 à 2 mg de 5-MeO-DMT en posture méditative, pour ressentir une dissolution de l’ego légère et continuer mon quotidien.
La DMT, même moins puissante que la 5-MeO-DMT, reste intense et peut être troublante, alors quelques milligrammes en microdose offrent un aperçu fugace d’un trip complet.
Enfin, fumer de la Salvia en feuilles séchées, plutôt qu’un extrait concentré, permet une expérience plus douce, proche de la tradition : car mâcher la plante ressemblerais dans l’étalement des effets sur la durée au fait de fumer lentement un joint de feuilles ce qui procure des effets plus progressif et beaucoup moins chaotiques,on peut même experimenter un léger effet érotique et une douceure agréable, chose qu’évidemment on ne peut pas vivre en fumant un extrait x160.
J’ai même testé le DXM en microdosing, c’est-à-dire que je finissais une bouteille de sirop comme indiqué sur la notice pour la toux sèche, donc environ 60 – 120 mg par jour, répartis en deux jusqu’à prises de 30 mg, sur une semaine. Et franchement, je sentais bien un effet antidépresseur. Le DXM, c’est une molécule avec laquelle j’ai beaucoup trippé plus jeune, c’est grâce à elle que j’ai découvert tout l’univers psychonautique. Encore aujourd’hui, de temps en temps, tous les quelques mois, je me dis que ça peut être intéressant de stimuler mes récepteurs NMDA, de vivre cet état un peu dissocié, un peu robotique, et surtout de voir le monde autrement, avec ce petit effet antidépresseur qui peut durer plusieurs semaines après la fin du microdosing.
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